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La sorcière, entre mythe et réinvention en 2026

24/03/2026

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Temps de lecture : 7 minutes

Noël Rivet

Qui étaient les femmes accusées de sorcellerie en Europe ?

Calculateur : Combien de victimes des chasses aux sorcières ?

Estimez le nombre de personnes exécutées pour sorcellerie entre le Moyen Âge et l’époque moderne.

Les femmes accusées de sorcellerie en Europe ne correspondaient pas à un profil unique, mais elles partageaient souvent des caractéristiques sociales et économiques marginales. Loin de pratiquer des rituels sataniques, la plupart étaient des individus isolés, souvent perçus comme déviants par rapport aux normes communautaires. Les archives révèlent que les accusations pouvaient être motivées par des conflits locaux, des jalousies, ou des peurs irrationnelles amplifiées par l’Église et les autorités civiles.

Le profil type incluait des femmes âgées, veuves, vivant seules, ou sans descendance. Ces critères n’étaient pas anodins : ils représentaient une menace pour l’ordre patriarcal. Une femme non contrôlée par un homme était considérée comme dangereuse, potentiellement hérétique.

Les guérisseuses, en particulier, suscitaient à la fois la gratitude et la suspicion. Leur savoir médicinal, transmis oralement, était souvent plus efficace que celui des médecins de l’époque, ce qui alimentait une forme d’envie collective.

Les procès mettaient en scène des aveux obtenus sous la torture, où les détenues avouaient avoir rencontré le diable, assisté à des sabbats, ou lancé des sorts. Ces narrations étaient largement standardisées, reflétant les attentes des juges plutôt que des faits réels. Le mot « sorcière » lui-même, dérivé du latin sortiarius (celui qui jette des sorts), a évolué pour désigner une figure diabolique, bien que ses racines soient ancrées dans la divination et le destin.

Sorcière ou guérisseuse ? La frontière était mince

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En milieu rural, notamment en Bretagne, la ligne entre sorcellerie et guérison était souvent floue. Les femmes comme Marie-Yvonne Goasdoué, poursuivie au début du XXe siècle pour « exercice illégal de la médecine », incarnaient cette ambiguïté.

Elle soignait avec des infusions, des cataplasmes et des prières — des pratiques ancrées dans le savoir populaire, transmis de mère en fille. Pourtant, ces connaissances, surtout lorsqu’elles échappaient au contrôle médical ou religieux, étaient automatiquement suspectées de sorcellerie.

Les autorités voyaient d’un mauvais œil toute forme de pouvoir féminin autonome. Une femme capable de soigner sans diplôme, de prédire l’avenir ou d’accompagner les naissances détenait un savoir qui menaçait l’hégémonie masculine. Les archives départementales du Finistère conservent des rapports où les guérisseuses sont décrites comme « influençant les esprits » ou « exploitant la crédulité populaire ».

Ces termes, neutres en apparence, cachaient une volonté de criminalisation.

Les échecs thérapeutiques étaient rapidement attribués à la malveillance, tandis que les succès restaient attribués au hasard ou à la chance. Ce biais judiciaire transformait toute pratique féminine de soin en risque potentiel de condamnation. Aujourd’hui encore, ce mécanisme de suspicion envers les savoirs traditionnels, particulièrement lorsqu’ils sont portés par des femmes, persiste dans certains discours médicaux ou institutionnels. Au passage, une visite au musée des arts forains à Paris en 2026 pourrait vous offrir une perspective intéressante sur l’évolution des divertissements populaires.

L’évolution de l’image de la sorcière dans la culture populaire

Quiz : Reconnaissez-vous ces sorcières du petit et grand écran ?

Question 1 : Quelle sorcière est connue pour son petit mouvement de nez magique ?

Question 2 : Quelle sorcière a donné son nom à un roman puis une comédie musicale réhabilitant la figure de la sorcière ?

La représentation de la sorcière dans la culture populaire a connu une transformation radicale au fil du temps. Autrefois figure du mal, elle est devenue un symbole de résistance et d’émancipation. Cette évolution reflète des changements profonds dans la perception des femmes, du pouvoir, et de l’individualité.

Dans les années 1930 et 1940, les sorcières étaient des figures terrifiantes : la Reine de Blanche-Neige, jalouse de la jeunesse et de la beauté de sa belle-fille, incarne la peur du vieillissement féminin. La Méchante Sorcière de l’Ouest, avec sa peau verte et son rire strident, est présentée comme une menace morale, physiquement répulsive. Ces personnages ne sont pas simplement méchants : ils sont présentés comme naturellement monstrueux, comme si leur apparence reflétait leur âme corrompue.

À partir des années 1960, une nouvelle image émerge : celle de la sorcière séduisante, charmante, voire comique. Ma sorcière bien-aimée montre une femme magique qui cache ses pouvoirs pour plaire à son mari. Ici, la magie devient un secret familial, une force qu’il faut dissimuler pour être acceptée. Ce paradoxe reflète la double contrainte subie par les femmes : être puissante, mais invisible; avoir du pouvoir, mais ne pas l’exercer. Pour info, apprendre à dessiner kawaii facilement en 2026 peut être une façon amusante de réinterpréter ces figures culturelles.

Le féminisme et la réappropriation de la sorcière

Groupe de femmes lors d

À partir des années 1970, les mouvements féministes s’emparent de la figure de la sorcière pour en faire un symbole de résistance. L’appel à « brûler les sexistes en effigie », à « jeter des sorts aux oppresseurs », n’est pas une plaisanterie : c’est une forme de langage politique, poétique et puissant. Le mot « sorcière », longtemps utilisé comme insulte, devient un drapeau de fierté.

Comme l’analyse Mona Chollet dans son essai Sorcières, cette réappropriation met en lumière trois figures réprimées par le patriarcat : la femme indépendante, la femme sans enfant, et la femme âgée. Chacune de ces figures a été historiquement diabolisée, car elle refuse les rôles assignés : épouse, mère, soumise. La sorcière devient donc celle qui existe en dehors du système, celle qui ne rentre pas dans les cases.

Cette réhabilitation prend des formes concrètes : des collectifs organisent des rassemblements appelés « sabbats modernes », des femmes créent des autels domestiques, partagent des rituels d’autonomisation sur les réseaux sociaux. Ces pratiques ne sont pas nécessairement religieuses, mais elles offrent un espace de ritualisation de la colère, du deuil, de la libération. Elles permettent de transformer des émotions personnelles en actes politiques symboliques.

Et aujourd’hui ? La sorcière est partout

Domaine Manifestation Signification
Mode Robes noires, chapeaux pointus, symboles lunaires Revendication d’une identité marginale et forte
Spiritualité Wicca, paganisme, rituels naturels Connexion au féminin sacré et à l’écologie
Économie Vente de grimoires, encens, amulettes sur Etsy Création d’un marché féminin autonome
Médias Séries, documentaires, expositions Réhabilitation historique et culturelle

En 2026, la sorcière est omniprésente, mais cette visibilité comporte des risques. Quand elle devient une tendance marketing — un filtre Instagram, un t-shirt mignon — on risque d’oublier son histoire tragique. Il y a un danger à banaliser une figure qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de femmes.

Cette tension entre commémoration et commercialisation est au cœur des débats actuels. D’un côté, la popularisation permet de rendre visible une injustice passée. De l’autre, elle risque de vider la sorcière de sa charge politique.

Le défi est de maintenir une mémoire vive tout en permettant une réinvention créative. La sorcière ne doit pas devenir un produit, mais rester un symbole de résistance. D’ailleurs, décorer sa citrouille d’Halloween sans gaspiller en 2026 est une manière de s’approprier cette figure de façon créative et responsable.

Les nouvelles générations redonnent du sens à cette figure, non pas en reproduisant les anciens rituels à la lettre, mais en s’en inspirant pour inventer de nouvelles formes de solidarité féminine. Que ce soit à travers des lectures tarot, des cérémonies lunaires ou des groupes de parole, ces pratiques offrent un espace de respiration dans un monde souvent hostile aux femmes qui osent exister autrement.

Questions fréquentes

Quelle est l’origine du mot “sorcière” ?
Le mot “sorcière” vient du latin populaire sortiarius, signifiant “celui qui jette des sorts”. Il est lié à sors, qui désigne le destin ou la divination. Les termes similaires dans d’autres langues, comme bruja en espagnol ou witch en anglais, ont des racines comparables, souvent liées à la magie ou à la prédiction.

Pourquoi les femmes étaient-elles majoritairement accusées de sorcellerie ?
Les femmes représentaient environ 75 % des victimes des chasses aux sorcières, car elles incarnaient des menaces potentielles au patriarcat : veuves autonomes, guérisseuses indépendantes, femmes sans enfant. Leur savoir ou leur indépendance était perçu comme une déviance.

Quel lien entre la sorcière et le féminisme ?
Depuis les années 1970, le féminisme a réapproprié la figure de la sorcière pour en faire un symbole de résistance. Appeler une femme “sorcière” n’est plus une insulte, mais une reconnaissance de son autonomie, de sa force et de sa différence.

Qui est Mona Chollet ?
Mona Chollet est une journaliste et essayiste française, auteure de Sorcières, un ouvrage qui explore les liens entre la persécution des sorcières et la domination patriarcale. Son analyse a profondément influencé la réappropriation contemporaine de cette figure.

Existe-t-il encore des persécutions pour sorcellerie aujourd’hui ?
Oui, dans certaines régions du monde, des accusations de sorcellerie persistent et peuvent conduire à des violences, voire des meurtres. Ces cas sont souvent liés à des tensions sociales, des crises économiques ou des croyances traditionnelles.