L’Église réformée de France en 2026 : histoire et valeurs de la Réforme

10/02/2026

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Temps de lecture : 9 minutes

Lucien Bresson

L’Église Protestante Unie de France (EPUdF) incarne une tradition religieuse profondément ancrée dans l’histoire de France, marquée par la Réforme protestante du XVIe siècle. Elle résulte d’une union historique entre deux grandes branches du protestantisme français: l’Église Réformée de France (ERF) et l’Église Évangélique Luthérienne de France (EELF), scellée en 2013.

Cette fusion n’a pas seulement été administrative, mais aussi spirituelle et théologique, portant un message d’unité dans la diversité. L’EPUdF rassemble aujourd’hui des paroisses issues de plusieurs courants doctrinaux, toutes unies par une même recherche de fidélité à l’Évangile et à la liberté de conscience.

Les racines profondes de l’Église réformée en France

Le protestantisme réformé en France trouve ses origines dans les idées diffusées dès 1520 par Martin Luther et Ulrich Zwingli. Ces pensées, relayées par des humanistes et des pasteurs français, trouvent un écho particulier dans les cercles intellectuels et urbains. La diffusion des thèses luthériennes à Meaux en 1521, notamment par le groupe de Guillaume Farel, marque l’un des premiers mouvements organisés de réforme religieuse en territoire français.

Cependant, cette émergence se heurte rapidement à l’opposition du pouvoir royal et ecclésiastique. L’édit de 1535, suite à l’affaire des placards, déclenche une vague de répression. Malgré cela, les communautés réformées se structurent, notamment sous l’influence de Jean Calvin, réfugié à Genève.

Calvin joue un rôle central en rédigeant des Confessions de foi et en organisant des réseaux pastoraux, permettant aux Églises de survivre dans la clandestinité.

La naissance du protestantisme réformé et les premiers synodes

En 1559, un tournant décisif est franchi avec la tenue du premier synode national à Paris. Cet événement clandestin réunit des représentants de plusieurs Églises locales et adopte une Discipline ecclésiastique inspirée des modèles calvinistes. Cette structure, dite presbytéro-synodale, repose sur trois niveaux: le consistoire local, le synode provincial et le synode national.

Chaque niveau est composé à parité de pasteurs et de laïcs, instaurant un modèle démocratique unique pour l’époque.

L’un des documents fondateurs de cette organisation est la Confession de foi de La Rochelle, rédigée peu après, qui devient un pilier doctrinal des Églises réformées. Ce synode constitue véritablement l’acte de naissance d’une Église réformée organisée en France, capable de résister aux persécutions et de maintenir une vie spirituelle cohérente.

Les guerres de religion et l’Édit de Nantes

La seconde moitié du XVIe siècle est marquée par les guerres de religion, qui opposent catholiques et protestants de 1562 à 1598. Ces conflits, nourris par des enjeux politiques autant que religieux, entraînent des massacres comme celui de la Saint-Barthélemy en 1572. Malgré ces violences, les protestants restent une force significative, estimée à environ deux millions de personnes à leur apogée.

La fin de cette période sanglante intervient avec l’Édit de Nantes, signé par Henri IV en 1598. Ce texte historique garantit aux protestants une reconnaissance civile et un droit limité au culte public. Toutefois, les lieux de culte sont strictement encadrés géographiquement, ce qui fragilise particulièrement les communautés du nord de la France.

L’Édit instaure une paix religieuse précaire, mais durable pendant près d’un siècle.

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Question 1: Quelle année marque la tenue du premier synode national des Églises réformées en France?

Question 2: Quel principe calviniste est incarné par le système presbytéro-synodal?

La révocation de l’Édit de Nantes et la période du Désert

À partir de 1660, sous le règne de Louis XIV, les libertés accordées par l’Édit de Nantes sont progressivement réduites. Des édits successifs interdisent les offices protestants, ferment les écoles et excluent les protestants des professions libérales.

Cette politique culmine avec la révocation de l’Édit de Nantes par l’Édit de Fontainebleau en 1685. Cette décision entraîne l’interdiction totale du protestantisme, l’exil de nombreux pasteurs et la destruction des temples.

C’est alors que commence la période du Désert, durant laquelle les protestants se réunissent clandestinement, souvent dans des lieux isolés. Ces assemblées, appelées « synodes du Désert », maintiennent la vie spirituelle et pastorale. La résistance prend aussi une forme armée avec la Révolte des Camisards dans les Cévennes entre 1702 et 1710, menée par des chefs comme Jean Cavalier et Pierre Laporte (Rolland).

Ce mouvement, bien que réprimé, devient un symbole de la persévérance protestante.

Reconstitution historique de la vie des Camisards dans les Cévennes pendant la période du Désert, présentée au Musée du Désert

L’organisation des Églises réformées du XIXe siècle à la création de l’ERF

Le XIXe siècle est une période de réhabilitation pour les protestants français. Après la Révolution française et la Constitution de 1791, la liberté de culte est rétablie. Cependant, l’Église réformée n’a pas d’organisation nationale cohérente.

C’est Napoléon Bonaparte qui, en 1802, instaure un régime consistorial par les Articles organiques des cultes protestants.

Ces articles reconnaissent officiellement les Églises réformées, mais en limitant leur taille (6000 fidèles par consistoire) et en soumettant les pasteurs à la nomination par l’État. Ce système, bien que contraignant, permet une certaine stabilité. Il coexiste avec des Églises libres, indépendantes de l’État, qui émergent parallèlement et prônent une liberté plus grande.

Les Réveils et les clivages théologiques

Le XIXe siècle est marqué par plusieurs mouvements de « Réveil », venus de Suisse, d’Angleterre et d’Allemagne, qui cherchent à revitaliser la foi protestante. Ces mouvements mettent l’accent sur la conversion personnelle, la piété intense et la lecture littérale de la Bible. Ils s’opposent à une lecture plus critique et rationaliste de l’Écriture, défendue par les théologiens libéraux influencés par les Lumières.

Ce clivage entre protestants orthodoxes (ou évangéliques) et libéraux conduit à des tensions profondes. Le synode général de 1872 échoue à réconcilier ces courants. En 1906, trois unions d’Églises sont créées: l’Union des Églises réformées évangéliques, l’Union des Églises réformées Unies (libérales) et l’Union nationale des Églises Réformées (de Jarnac), qui tente de faire le pont.

Portrait du pasteur Marc Boegner en 1938, figure emblématique de l

La création de l’Église Réformée de France (ERF) en 1938

La Première Guerre mondiale et l’émergence du mouvement œcuménique international favorisent un rapprochement entre les courants protestants. Le pasteur Marc Boegner, figure centrale de ce mouvement, joue un rôle déterminant dans les négociations. Après cinq ans de discussions, l’Église Réformée de France (ERF) est fondée en 1938 à Lyon.

Cette nouvelle entité rassemble la majorité des Églises réformées évangéliques, toutes les Églises réformées libérales, une partie des Églises libres et la majorité des Églises méthodistes. L’ERF est structurée comme une fédération d’associations cultuelles, conformément à la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. Elle adopte une Déclaration de foi de 1938, lue à chaque synode, qui affirme les grands principes réformés tout en laissant une large place à la diversité d’interprétation.

Les fondements théologiques et l’organisation de l’ERF

L’ERF se fonde sur six principes essentiels hérités de la Réforme:

  • À Dieu seul la gloire (Soli Deo gloria): toute action humaine doit être orientée vers la gloire de Dieu.
  • La grâce seule (Sola gratia): le salut est un don gratuit de Dieu, indépendant des œuvres humaines.
  • La foi seule (Sola fide): la foi est la réponse de l’individu à l’action de Dieu.
  • La Bible seule (Sola Scriptura): l’Écriture est la seule autorité en matière de foi.
  • Des Églises toujours à réformer (Semper reformanda): l’Église doit constamment se remettre en question.
  • Le sacerdoce universel des croyants: chaque fidèle a un accès direct à Dieu.

Ces principes s’incarnent dans une organisation collégiale et démocratique, où pasteurs et laïcs décident ensemble des orientations de l’Église. Le synode national, composé de représentants élus, est l’instance suprême de décision.

La formation de l’Église Protestante Unie de France en 2013

En 2013, une nouvelle étape est franchie avec la fusion de l’ERF et de l’Église Évangélique Luthérienne de France (EELF). Cette union donne naissance à l’Église Protestante Unie de France (EPUdF), une entité qui rassemble des traditions calvinistes et luthériennes.

L’EELF, bien que plus petite, a une histoire ancienne. Les idées luthériennes se sont implantées dès le XVIe siècle, notamment en Alsace, à Montbéliard et à Paris. Après la perte de l’Alsace en 1870, l’EELF est réorganisée autour de deux inspections ecclésiastiques: Paris et Montbéliard.

Elle a toujours entretenu des liens étroits avec l’ERF, notamment par une faculté de théologie commune.

L’union de 2013 repose sur un désir d’unité visible du protestantisme français, dans un contexte de sécularisation croissante. L’EPUdF affirme que la diversité théologique et liturgique est une richesse, non une faiblesse. Ainsi, certaines paroisses conservent des célébrations plus proches de la tradition luthérienne, d’autres de la tradition réformée.

Célébration œcuménique dans une paroisse de l

Une Église unie et diverse

L’EPUdF se décrit elle-même comme une « Église de multitude », reconnaissant que la foi chrétienne s’exprime de multiples façons. Elle encourage chaque membre à vivre sa foi personnellement, tout en participant à une vie communautaire riche et variée. Cette diversité s’exprime aussi dans l’engagement social, que ce soit dans l’accueil des exilés, la solidarité locale ou la réflexion éthique.

En 2026, l’EPUdF continue de jouer un rôle actif dans le dialogue œcuménique et interreligieux. Elle participe à des initiatives nationales sur la laïcité, la justice sociale et la transition écologique. L’Église soutient également des projets de formation théologique, comme l’Institut Protestant de Théologie, qui forme pasteurs et laïcs.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre l’Église Réformée de France et l’Église Protestante Unie de France?
L’Église Réformée de France (ERF) existait de 1938 à 2012. Elle a fusionné en 2013 avec l’Église Évangélique Luthérienne de France (EELF) pour former l’Église Protestante Unie de France (EPUdF), qui regroupe désormais les traditions calvinistes et luthériennes.

Qu’est-ce que le Désert dans l’histoire protestante?
Le Désert désigne la période de clandestinité des protestants français entre 1685, date de la révocation de l’Édit de Nantes, et 1787, avec l’Édit de Tolérance. Les huguenots se réunissaient secrètement, souvent dans des lieux isolés, pour maintenir leur culte.

Quels sont les grands principes de la Réforme?
Les six principes sont: la grâce seule, la foi seule, la Bible seule, à Dieu seul la gloire, des Églises toujours à réformer, et le sacerdoce universel des croyants. Ils forment la base théologique du protestantisme réformé.

Quel rôle joue le synode dans l’Église Protestante Unie de France?
Le synode est l’instance décisionnaire suprême. Il se réunit régulièrement et rassemble des pasteurs et des laïcs élus par les paroisses. Il décide des orientations théologiques, liturgiques et sociales de l’Église.

L’EPUdF accepte-t-elle les femmes pasteurs?
Oui, l’EPUdF reconnaît pleinement le ministère des femmes. Depuis longtemps, femmes et hommes exercent les mêmes fonctions pastorales et décisionnelles au sein des paroisses et des instances dirigeantes.

Comment les protestants réformés se distinguent-ils des catholiques?
Les réformés rejettent l’autorité du pape et mettent l’accent sur la Bible comme seule autorité en matière de foi. Ils préfèrent une liturgie sobre, centrée sur la prédication de la Parole, et affirment que chaque fidèle peut accéder directement à Dieu sans intermédiaire.

Où sont implantées les paroisses de l’EPUdF?
Les paroisses de l’EPUdF se trouvent dans toute la France, à l’exception de l’Alsace et de la Moselle, où une Église réformée d’Alsace et de Lorraine opère sous un régime concordataire particulier.

Quelle est la place de la musique dans les cultes réformés?
La musique occupe une place importante, notamment les psaumes calvinistes. Les cultes peuvent intégrer des chants traditionnels comme des musiques contemporaines, selon les sensibilités locales.